Voyager, le revers de la médaille

En relisant mes précédents carnets de voyage, je me suis rendue compte que j’ai tendance à n’évoquer que les bons côtés du voyage. Pour la majorité, voyager c’est vivre dans des lieux paradisiaques dignes de carte postale, où les journées commencent tard après une grasse matinée et se prolongent jusqu’à ce qu’un magnifique coucher de soleil lance le début de soirée. Où finalement, la vie, ce sont des vacances infinies. C’est vrai, c’est sûrement l’impression (pas totalement fausse 😉 !) qui ressort au travers de mes photos. Pour être honnête, beaucoup de backpackers (voyageurs en sac à dos) ne font que renforcer cette idée, où tout est beau et tout est rose. Mais, il y a une face cachée au voyage, et d’autant plus lors d’un voyage au long cours, dont on parle peu.

Mon année à l’étranger à fait taire en moi de nombreux doutes et interrogations mais depuis que je suis rentrée en France, je n’ai de cesse de réfléchir sérieusement à mon style de vie. Cette réflexion me pose face à certains enseignements et une certaine réalité que j’ai essayé d’oublier un temps. Mais il faut se rende à l’évidence. Le voyage, au delà de ce qu’il m’a enseigné, m’a aussi coûté.

Du temps

Une des choses les plus évidente, c’est que voyager m’a pris du temps. Je suis partie en PVT Australie (un visa Permis Vacances Travail) à 28 ans passés. J’ai arpenté de longues routes plus d’une année (au sens propre comme au figuré d’ailleurs!). Je suis rentrée en France il y a déjà plus de 6 mois et je n’ai eu de cesse pendant ces quelques mois de « retour au bercail » de sillonner la France et un peu l’Europe lors de courts séjours. Je me réveille soudainement à quelques semaines de fêter mes 30 ans! Et je me prépare à nouveau à partir pour un long moment, vivre une nouvelle expérience d’expatriation au Canada, grâce à un nouveau PVT. Quand vous voyagez, vous perdez toute notion de temps. C’est facile de ne pas y songer, mais le temps passe, qu’on le veuille ou non.

Soudainement, il est temps de quitter un endroit où vous vous sentiez bien ou alors votre visa arrive à son terme… autant de situations pas toujours facile à accepter. Le pire des sentiments est d’avoir l’impression de perdre le fil, de passer à côté de tant de choses, la « vraie vie » diront certains même si je n’aime pas cette expression qui n’a aucun sens (vos amis se marient, achètent une maison, ont des enfants…). En tant que voyageur, vous êtes sur une toute autre planète, le temps et les distances ne se comptent plus en kilomètres mais en nombre de pays, en visas, tampons sur le passeport et en roadtrips.

« En route, le mieux c’est de se perdre. Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors, mais alors seulement, que le voyage commence. » Nicolas Bouvier

J’avoue que parfois je me questionne sur le bienfondé de ces départs qui me conduisent loin de la France, encore en encore. C’est alors que je réalise l’intensité des expériences que j’ai vécues. Je n’accumule pas les choses, je suis riche de bien de souvenirs et rien que pour tout cela, je ne regrette rien.

Des relations

Voyager, c’est adopter un style de vie différent qui ne convient pas à tout le monde. Très tôt, j’ai ressenti cet appel de l’ailleurs, de l’inconnu. Cette volonté de suivre mes rêves m’a sans doute fait passer à côté de relations, incompatibles avec une vie de voyages. J’ai même croisé pas mal de voyageurs partis en couple, qui avaient fait de leur voyage un projet commun et qui ce sont séparés en chemin (pas que heureusement, parfois ça se passe très bien et soude un couple! #note positive). C’est une vie assez particulière, ponctuée par de nombreuses difficultés, alors complétement impensable si seulement l’un des deux veut voyager. La distance peut se révéler être un ennemi imbattable dans un combat perdu d’avance.

S’il n’est pas rare de faire des rencontres à l’étranger, (j’ai des exemples à la pelle!) je me suis toujours refusée à m’ouvrir et à m’accrocher, comme pour me protéger. Car les au revoir, lorsqu’ils sont inévitables sont déchirants. Et je ne suis pas prête à cela.

Finalement, c’est que ça ne devait pas se faire. Je n’y avais pas vraiment réfléchi avant. Voyager me coûte bien plus que je ne le pensais.

Des amitiés

Ma passion pour les voyages m’a aussi fait perdre de nombreux amis et poussée à reconsidérer ce que doit être l’Amitié. Je peux désormais compter mes vrais amis sur les doigts d’une seule main, c’est-à-dire des personnes avec qui je fais l’effort de rester en contact régulièrement ET qui font l’effort de rester en contact avec moi. Dans toute relation, la réciprocité est essentielle.

Les amis avec qui j’ai grandi, avec qui j’ai étudié ou travaillé, les amis de ma « vie d’avant », de ceux là, je n’ai plus que de vagues souvenirs, qui émergent de temps en temps sur Facebook. Voyager vous exclu rapidement de la vie de tous les jours. Au départ, il semble que ça soit marrant et excitant pour vos amis de discuter avec vous, de suivre vos péripéties à l’étranger, puis au fur et à mesure, cela tourne vite en jalousie et en ressentiment dès que vous avez passé la barre des 6 mois.

En fait, depuis, les personnes avec qui je discute réellement de sujets importants et profonds, celles qui ont toujours une oreille attentive, celles qui me conseillent ou simplement me demandent des nouvelles, sont à quelques exceptions près, des personnes que j’ai rencontrées sur la route. Des amis que j’ai côtoyés 4 mois en Australie ou 15 jours au Cambodge sont désormais bien plus dignes de confiance que des amis que je connais depuis 10 ans.

Partir permet de remettre les choses en perspective et les pendules à l’heure. A mon retour, j’ai aussi renoué contact avec des personnes que j’avais perdues de vue. Rien n’est jamais gravé dans le marbre! C’est une chose très difficile à expliquer à qui n’a jamais voyagé!

Des émotions

Quand vous voyagez, si votre quotidien est rythmé par les rencontres, c’est aussi parallèlement une succession d’au revoir voire d’adieux. Les amitiés sont intenses. En voyage, on n’a pas le temps pour les discussions sans intérêt, et parce qu’on vit les mêmes expériences, on se confie, on se livre très rapidement. Cela vous laisse aussi parfois plus vulnérable.

« Qui a l’habitude de voyager sait qu’il vient toujours un moment où il faut partir… ». Paulo Coelho

Le voyage vous ouvre à une large palette d’émotions et vous arme aussi à faire face à beaucoup de choses. J’ai été parfois confrontée à des situations où avant, je n’aurait pas su comment réagir (surtout avec les gens hors de ma bulle de voyageuse), et pour être honnête, mon premier instinct désormais, c’est d’ignorer, de poser ou d’éteindre mon téléphone et de penser à autre chose.
C’est tellement simple de se détacher émotionnellement du monde quand vous êtes à des milliers de kilomètres, qu’inévitablement c’est une bombe à retardement. Si je ne prenais pas le temps de m’écouter avant, c’est devenu le cas, j’ai appris à prendre conscience de mes émotions et ressentis du moment. On peut vivre des hauts très hauts puis subitement, des bas très bas. On peut vivre le plus heureux des moments puis se sentir terriblement vide et seule. C’est rare heureusement, mais quand ça arrive, ça craint!

La stabilité financière

Quand j’ai décidé d’un voyage au long court et d’utiliser mes ressources et ma débrouillardise sur la route, je suis entrée dans un monde où j’ai dis bye bye à toute stabilité financière. A mon arrivée en Australie, même en limitant les extras, l’argent diminuait rapidement tellement le coût de la vie y est élevé. J’ai eu la chance de trouvé un petit job dans un vignoble qui payait bien. A mille lieues de mes études en gestion d’entreprise. Et qu’importe! Je n’ai heureusement jamais atteint le niveau critique qui m’aurait contrainte à rentrer directement à la maison. J’ai même pu voyager bien plus loin que je ne l’aurai imaginé, en Asie. D’ici une semaine je serais au Canada. Je serais à nouveau contrainte de gérer mon budget sérieusement, à faire de petits plans et à trouver un job.

Même si je déteste le reconnaître, l’argent ne fait pas tout mais c’est quand même un facteur important à considérer quand on voyage à travers le monde.

La stabilité tout court

Tout cela me mène à la stabilité ! Avec peu de contacts avec mes amis du bout du monde, pas de relation suivie et pas beaucoup d’argent, où est la stabilité dans ma vie ?!

En voyage, la stabilité n’est pas une chose à laquelle on s’attache. Sinon, on réalise vite à quel point la corde sur laquelle on marche est fine ! L’inconvénient majeur à me sentir comme chez moi à chaque endroit que je foule, c’est évidemment de ne pas avoir d’endroit « à moi ».

Je suis d’ici et d’ailleurs. Je « n’appartiens » pas à un seul lieu, même si j’ai laissé une grande partie de moi en Australie et que j’y pense très régulièrement avec nostalgie. C’est une idée assez libératrice et totalement terrifiante à la fois. Plus vous pensez à l’aspect stabilité, plus vous réalisez que voyager, ça peut paraître super insouciant et flippant en fait!

Mais est-ce que voyager vaut la peine de tous ces sacrifices ??! Sans sourciller, ma réponse est claire : OUI, OUI, OUI !!

Un bateau dans un port est en sécurité, mais ce n’est pas pour cela qu’il a été construit.Inconnu

Parfois, je me questionne vraiment à propos de ce que je suis en train de faire. Je pense qu’il est opportun de prendre le temps de réfléchir et de faire le point, clairement, sans se voiler la face. Malgré tout ce que voyager implique, ce style de vie m’apporte pour l’instant plus de joie que de soucis.

Lorsque je me remémore ces années à courir du matin au soir, d’un bout à l’autre du magasin que je dirigeais, je suis profondément reconnaissante d’avoir trouvé le courage de partir, reconnaissante pour tout ce qui m’est arrivé depuis, les bons comme les moments plus difficiles, reconnaissante pour cette vie beaucoup plus riche depuis que j’ai commencé à voyager.

Une décision telle que celle-ci doit être éclairée. Pour mieux s’y préparer, il est important de savoir dans quoi on s’embarque avant de tout quitter. Chaque choix s’accompagne de compromis.

“Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.” De Lao-Tseu

Ne laissez pas tout cela vous empêcher de sauter dans un avion pour découvrir de nouveaux lieux excitants. Et vous n’avez pas besoin de partir à l’autre bout de monde! Cette décision sera la meilleure que vous aurez jamais prise!

  • Je m’appelle Fanny et j'ai 30 ans. Curieuse de nature, j'aime les sensations que procurent les voyages, la photographie, les jeux vidéos, dessiner, l'honnêteté et la couleur rouge :).Je débute une nouvelle aventure au Canada. Tu pourras suivre sur ce blog mes aventures et découvertes nord-américaines.

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