« Instincts », le récit passionnant d’une expédition dans le bush australien

L’aventurière suisse Sarah Marquis a passé trois mois seule, en survie, dans le sauvage nord australien. L’exploratrice cherche à faire jaillir en elle ce que nos sociétés ultra modernes entravent : « l’instinct », cette force intérieure qui nous fait croire à la magie de nos vies, et fait de leurs zones d’incompréhension et d’inconfort des moments de « sur-vie ». Dans « Instincts », elle raconte son parcours et sa métamorphose.

J’ai découvert ce livre quelques mois après mon retour d’Australie, et j’avoue avoir eu un pincement au cœur en le refermant. Je me suis revue évoluer parmi ces paysages grandioses du Territoire du Nord. Au fil des pages, Sarah Marquis m’a transporté sur ce terrain familier. Je me suis replongée dans ma propre aventure, ressenti à nouveau ces odeurs spécifiques et très particulières du bush aride et ces moments de plénitude et de contemplation silencieuse.

L’aventure, la vraie

Par un mois de juin brûlant, un hélicoptère la dépose à l’intérieur des Kimberley, au nord de l’Australie, une des régions les plus hostiles de ce vaste pays. Elle va y rester trois mois, sans autres réserves que ses petits sacs de farine (150 grammes par jour) et quelques médicaments au cas où. Au départ, son sac à dos pèse 32 kg et contient l’essentiel : des cartes topographiques de la zone et de la documentation, le matériel de base pour dormir, pêcher ou encore pomper et filtrer les cinq litres d’eau dont elle a besoin quotidiennement.

Un pas après l’autre dans cet enchevêtrement de formations rocheuses envahies d’une végétation impénétrable, elle fait connaissance avec la faune australienne qui règne en maître incontesté sur ces terres ou nulle activité humaine n’est possible. Elle y rencontre de bruyants cacatoès, des araignées, des serpents bruns venimeux qui se dérobent sous ses pieds ou se dorent la pilule dans les branches des arbres, des lézards, dont un va même jusqu’à lui monter sur la cuisse, les dingos et évidement, les grands et puissants kangourous qui déguerpissent à vitesse terrifiante. Elle y fera même une rencontre stupéfiante …

(…) j’ai la drôle de sensation que quelque chose ou quelqu’un me suit. Je stoppe à nouveau et j’entends avec un décalage de deux secondes un bruissement s’arrêter derrière moi. Je reprends ma progression et au bout de deux cent mètres, je m’arrête net. Le bruit de mon poursuivant fait de même. On va jouer comme ça un bon moment (…) Je suis de plus en plus curieuse et impatiente de découvrir cet inconnu. (…) J’étouffe un rire en découvrant mon poursuivant mystère: un taureau sauvage massif avec des cornes majestueuses (…) Tout à coup, il avance jusqu’à ce que sa tête dépasse des herbes. Il l’incline comme un chien qui veut jouer, avec un regard taquin et pas du tout agressif. Lui ne cesse de m’observer. Je remet mon sac à dos et le voilà qui me suit à nouveau.

Mais le danger est bien réel ! Il lui faut maintenir un haut niveau d’attention et de prudence pour évoluer sur ce terrain inhospitalier, territoire de redoutables prédateurs: les crocodiles. Traverser des marais, escalader des rochers, se débattre avec une végétation inextricable.

Sarah Marquis marche de l’aube au crépuscule. 10, 12 heures. De longs moments d’efforts sous une chaleur assommante. Si un tel challenge pousse à puiser dans ses ressources et à dépasser ses limites, il faut aussi profiter de chaque instant de cette aventure inoubliable. Sarah Marquis sait s’accorder quelques plaisirs. Bien sûr les levés et couchers de soleil sont un spectacle grandiose (je la rejoins totalement sur ce point!). Sa marche est aussi rythmée par un rituel revigorant, celui du thé. Lors des arrêts où elle fait chauffer de l’eau, et se délecte de chaque gorgée et de son environnement, elle oublie toutes les difficultés.

La survie

Pour poursuivre son périple, Sarah Marquis ne peut compter que sur son expérience du terrain, sur son audace et ses capacités d’analyse et de « lecture » de l’environnement qu’elle a étudié plus d’un an pour préparer cette expédition en solitaire. Tout son être finit par fusionner avec la Terre qu’elle remercie de sa sueur, de ses joies, de ses pleurs, de ses douleurs. Au fur et à mesure qu’elle se décivilise, elle gagne en instinct, développe des capacités insoupçonnées.

L’aventure pose très vite la question de la survie. Il ne faut rien négliger. À chaque seconde qui passe, l’aventurière est tendue vers le seul et unique but d’attraper ou de cueillir de la nourriture pour survivre. Elle longe les rivières pour rester à proximité de l’eau et se ravitailler en poissons et autres fruits, fleurs de kapok ou tiges de pandanus.

« Chaque fois que j’ai senti la présence d’eau avant que je puisse la voir a été un signe que mon instinct prenait le pas sur mon cerveau rationnel. Mais je suis toujours en train de chercher le mode d’emploi de mon esprit, c’est un long chemin que d’être moins rationnel et plus animal. »

Et quel plaisir elle prend à allumer un feu, à griller ses graines de baobab, à déguster la chair grasse de son poisson, à se goinfrer de drôles de cerises amères qui lui brouillent la vue. Ce qui est sûr, c’est qu’elle en bave. Elle doit accepter de faire demi tour parfois, mais les efforts paient lorsque la volonté est solide. Ce retour à l’âge des cavernes peut passer pour un délire aux yeux de beaucoup, mais Sarah Marquis ne nous demande pas tant de protéger la nature que d’aller y vivre, d’oser un jour appuyer sur le bouton Reset. Retrouver ce potentiel en nous, insoupçonné, que nous perdons de génération en génération. Le courage de l’aventurier est dans cet élan.

Une renaissance

On a envie de faire comme elle : marcher, se découvrir, se parler… entrer en totale harmonie avec la Nature, admirer silencieusement la beauté de notre planète et laisser agir le monde sur soi. Ces petits instants où notre esprit s’échappe de la réalité et où seuls nos yeux et notre cœur sont réceptifs.

Peut importe ce qui vous fait vibrer, suivez la mélodie de votre cœur. Vous êtes le seul à la connaître.

La nature est sans pitié mais elle est belle et l’homme n’a pas besoin de tout ce qu’il s’est créé pour sembler être heureux : voilà le message que je retiens de ce livre. Face à elle-même, Sarah Marquis aura vécu quelque chose de plus fort que le bonheur : l’expérience d’une renaissance, où tout est évidence. Où il n’y a plus de question à se poser.

  • Je m’appelle Fanny et j'ai 30 ans. Curieuse de nature, j'aime les sensations que procurent les voyages, la photographie, les jeux vidéos, dessiner, l'honnêteté et la couleur rouge :).Je débute une nouvelle aventure au Canada. Tu pourras suivre sur ce blog mes aventures et découvertes nord-américaines.

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